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« Rush », sur Arte : au-delà de la rivalité entre pilotes de formule 1, Ron Howard filme le dépassement de soi

ARTE – DIMANCHE 7 JUILLET À 21 HEURES – FILM

Dans les années 1970, les Grands Prix de formule 1 vibrent au son de deux noms, murmurés ou scandés, obsessionnels : Niki Lauda (1949-2019) et James Hunt (1947-1993). Dès leur première course ensemble, ils se sont vus ennemis jurés, ou le public les a jugés tels, et cette inimitié est devenue légende.

Dans l’ascension vers le titre mondial, les autres adversaires ne les occupent guère. Lauda l’Autrichien roule pour Ferrari, Hunt le Britannique pour McLaren, mais Lauda roule contre Hunt et Hunt contre Lauda. Il n’y a, derrière cet affrontement populaire, aucun argument réel : une jalousie tacite bien partagée, beaucoup d’ego, quelques boutades de circonstance en bord de piste. Mais parce qu’elle les pousse toujours à donner le meilleur d’eux-mêmes, cette guerre leur est devenue nécessaire.

Adaptant cette histoire vraie célèbre, Ron Howard reprend le concept qui lui avait inspiré, en 2005, De l’ombre à la lumière : un film sur le sport, qui est surtout un film sur le dépassement de soi. Il mettait en scène la remontée phénoménale du boxeur James J. Braddock (1905-1974) sur le ring après une série de défaites qui l’avait contraint à renoncer au métier. Braddock était devenu l’idole du public, qui l’avait surnommé « The Cinderella Man » (« l’homme Cendrillon »).

Un respect profond

Rush est l’occasion pour Ron Howard d’offrir une variante bien particulière à son credo. L’obsession reste la même : illustrer la capacité de l’homme à trouver en lui-même les ressources pour accomplir l’impossible. C’est ici dans un alter ego insupportable que chacun trouve l’énergie nécessaire au dépassement de soi.

Du côté de Lauda, c’est l’« instinct de survie » qui domine. Surnommé « l’ordinateur », ce technicien de génie, peu bavard, peu sympathique, cultive une hygiène de vie spartiate et refuse toute fantaisie qui pourrait perturber sa concentration. Hunt est tout le contraire : séducteur, fêtard, indiscipliné, il aime à se donner en spectacle, et s’il accomplit des prouesses sur la piste, personne ne saurait dire pourquoi – tant il semble incapable d’être sérieux en quoi que ce soit − sauf l’ivresse du « voisinage de la mort » dont il se gargarise.

Lire le récit (en 1976) : Article réservé à nos abonnés James Hunt sacré champion du monde des conducteurs

Ils n’ont a priori rien pour s’entendre. Et c’est pourtant en se déconstruisant que cette haine se développe : à mesure que les piques et les affronts s’échangent, un respect profond se dessine en creux et vient alimenter le conflit.

Bien servis par des dialogues justes et sans fioritures, Daniel Brühl (Lauda) et Chris Hemsworth (Hunt) donnent une crédibilité parfaite à leur guerre révérencieuse, passionnante de bout en bout. Fruit d’un travail éblouissant sur les couleurs, les flous et les cadres, sur les effets sonores également, Rush capture la vitesse et sa poésie propre aussi remarquablement qu’il peint l’âme de ses héros : voici du sport comme on en voit rarement, et dans le plus beau sens du terme.

Rush, film de Ron Howard (EU-All.-RU, 2013, 123 min). Avec Daniel Brühl, Chris Hemsworth, Olivia Wilde, Alexandra Maria Lara. Disponible à la demande sur Arte.tv.

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