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Des fans de la Star Academy aux agriculteurs en colère, comment les groupes Facebook sont devenus «la nouvelle place du village»

Lancés en 2017, ces groupes thématiques permettent aux utilisateurs du réseau social de se réunir et d’échanger facilement. Ils sont aussi devenus des espaces d’organisation de mouvements sociaux.

«Sur le groupe Facebook, il y a du respect, pas de moquerie, juste des fans qui soutiennent une personne», souligne Séverine. Ce mercredi 24 janvier, cette Belge de 33 ans, adepte de l’émission de télévision Star Academy, anime le groupe de soutien à la candidate Héléna. Cette dernière est en demi-finale le samedi suivant et, comme Séverine, plus de 30.000 fans de la jeune femme publient frénétiquement des messages ou créent des sondages sur le groupe «Team Héléna Star Ac 2023« pour évaluer ses chances d’atteindre la finale.

«Je me souviens qu’après l’émission du 3 janvier, on est passés de 3500 membres à plus de 10.000 en 48 heures», s’amuse Séverine. «Il faut dire que les membres invitent leur famille et leurs amis, c’est facile d’utilisation et chacun peut interagir». Et la page “Team Héléna Star Ac 2023” est loin d’être un cas isolé. Les quelque trois milliards d’utilisateurs mensuels actifs du réseau social, qui fête cette semaine ces 20 ans d’existence, sont nombreux à faire partie d’un «groupe», qu’il soit public ou privé. Lancés en 2017, ils consistent en un espace de discussions, greffé à une page Facebook dédiée à une thématique précise.

Les groupes Facebook, un lieu de rendez-vous

Ainsi, il existe des groupes Facebook de conseils pour jeunes parents, de brocantes dans le Val-de-Marne et même sur des figurines de chérubins à la mode Sonny Angel… En somme, il y a autant de groupes que de centres d’intérêt. «Sur notre groupe chacun peut publier ses questions ou proposer à la vente certaines de leurs figurines, contrairement à la page Instagram où je suis la seule à pouvoir publier», indique Audrey, qui gère la page française Sonny Angel Wanted, suivie par plus de 2000 personnes. «Les groupes sont pratiques pour aller chercher des informations», confirme sa fille, Rose, âgée de 13 ans.

« Les groupes Facebook sont un peu la nouvelle place du village, ou le café du coin qui a fermé »

Fabrice Epelboin, Enseignant spécialiste des médias sociaux et entrepreneur

« Facebook est aujourd’hui un lieu de rendez-vous entre utilisateurs. Et les groupes, avec leur interface simple, sont logiquement devenus un incontournable du réseau social», analyse Anne Cordier, professeure des universités en science de l’information et de la communication. «Les groupes Facebook sont un peu la nouvelle place du village, ou le café du coin qui a fermé», abonde à son tour Fabrice Epelboin, enseignant spécialiste des médias sociaux et entrepreneur.

Sur Facebook, il existe des groupes pour tout. Que ce soit pour trouver une brocante près de chez soi, qu’échanger des figurines de poupons ou trouver qui est son voisin mécheux.
Capture d’écran Figaro

Des utilisateurs ont même des souvenirs précis de premières pages Facebook destinées à échanger entre amis du collège ou du lycée, avant même que cela soit appelé des «groupes». À l’instar de Farah, 25 ans. «J’ai déménagé quand j’étais en cinquième et ma classe, ainsi que celle de ma sœur, avaient créé une page privée nommée “pour que Farah et Fiona restent”» , s’amuse la jeune femme. «Je me souviens qu’à cette époque, il y avait déjà des pages pour tout et rien, souvent reliées aux émissions de la radio Skyrock», décrit-elle. « Il y en avait même des étranges, comme le groupe  »les BG [beaux gosses, ndlr] mécheux et mécheuses’’».

Un espace de lutte des gilets jaunes aux agriculteurs

Au fil du temps, cet outil de discussions farfelu et bon enfant s’est mué en un espace de lutte propre à Facebook. « Le tournant s’est opéré en 2017, peu après l’élection de Donald Trump aux États-Unis et un peu avant le scandale de Cambridge Analytica», constate Fabrice Epelboin. « Mark Zuckerberg (le fondateur de Facebook NDLR), a entrepris de faire le tour de certains États pour découvrir qui étaient les électeurs de Trump. C’est à ce moment-là qu’il a considéré qu’il y avait un besoin de resserrer les liens sociaux de proximité entre les gens».

Le fil des abonnements des utilisateurs est alors sensiblement modifié. Entre les photos d’amis et le partage d’articles de presse, des groupes Facebook susceptibles d’intéresser la personne sont mis en avant par l’algorithme du réseau social. « Du jour au lendemain pratiquement, l’activité de ces groupes de proximité est devenue plus visible », décrit l’enseignant. « C’est comme ça que sur ces mêmes groupes de brocantes, des gens se sont d’abord mis à râler sur le passage aux 80 km/h puis sur la taxe carburant, donnant naissance petit à petit au mouvement des gilets jaunes. Sans même qu’il y ait, derrière, un syndicat quelconque».

À gauche, début 2019, des Gilets jaunes populaires comme Fly Rider se filment régulièrement pour décrire l’évolution du mouvement et inciter d’autres personnes à les rejoindre. En janvier 2024, les groupes de soutiens aux agriculteurs se multiplient et relaient les différentes actions menées par les paysans.
Capture d’écran Figaro

Les groupes Facebook deviennent pour la première fois en France vecteur de mouvements sociaux. En décembre 2018, des utilisateurs s’organisent sur ces mêmes pages pour faire entendre leurs revendications et se filment à la première personne. Dans ces courtes vidéos, ils incitent les autres membres du groupe à rallier les ronds points en arborant un gilet jaune. « Facebook rassemble une large audience, avec des gens qui partagent des caractéristiques sociodémographiques communes. On l’a vu, cette fonctionnalité a été un moyen de consolider ce mouvement des gilets jaunes », souligne, à son tour, David Lavaud, enseignant au Celsa et spécialiste des médias ainsi que du numérique.

Depuis, les groupes ont largement été utilisés pour organiser et propulser les différentes formes de contestations qui ont suivi. Que ce soit les manifestations contre la réforme des retraites, que celles plus récentes des agriculteurs. « Si on prend l’exemple des agriculteurs, il existe pléthore de groupes sur Facebook où ils s’entraident sur la paperasse liée à leur métier et ces mêmes groupes deviennent un lieu pour partager leurs difficultés », reprend Fabrice Epelboin. « Le problème, c’est que ces groupes servent aussi de canaux d’informations et, malheureusement, propagent des fake news ».

Une fonctionnalité encore exclusive à Facebook

Si cette fonctionnalité reste aussi prisée par les utilisateurs du réseau social, c’est parce qu’aucune plateforme concurrente ne l’a réellement cloné. « Elle reste exclusive à Facebook. Même les nouveaux canaux de discussions créés sur Instagram, ne permettent qu’aux influenceurs de publier des messages », indique l’enseignant spécialiste des médias et du numérique, David Lavaud. « De plus, si l’on va sur les groupes d’alumnis [anciens étudiants d’une grande école, ndlr], ces derniers possèdent désormais des communautés énormes et difficiles à déplacer sur un autre réseau. Cet outil se transmet donc entre les générations».

« Facebook, ça reste le réseau social du texte par excellence et il est organisé de façon assez scolaire », note également Anne Cordier. « Il correspond encore à une culture des blogs et c’est pourquoi il reste aussi apprécié des internautes de plus de 45 ans». Toutefois, la force des groupes Facebook pourrait s’étioler avec l’usage sans cesse plus répandu de messageries comme WhatsApp (détenu aussi par Meta) et Telegram. Ces deux plateformes permettent à leurs usagers de créer facilement des groupes à partir de leurs contacts et de se partager des informations. Rien qu’en France, WhatsApp compterait plus de 40 millions d’utilisateurs actifs mensuels.

« Au moment de la réforme des retraites, les informations sur le blocus du lycée étaient partagées sur un groupe Telegram où étaient ajoutés au fur et à mesure les élèves », témoigne à ce propos Luc*, 16 ans, avant de préciser : «C’est devenu la messagerie où se réunissent les militants». Le lycéen ne se servait des groupes Facebook « que pour aller vérifier la date d’un rassemblement mais sans les intégrer pour autant ». Lui qui considère que ce réseau social, devenu populaire alors qu’il n’était à peine qu’un nourrisson, est devenu un peu dépassé.

*Le prénom a été modifié

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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