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Fabrice André, directeur de la recherche de Gustave-Roussy : « Contre le cancer, la France est capable de faire des découvertes majeures »

Fabrice André, directeur de la recherche de Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne), revient, à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, dimanche 4 février, sur des innovations marquantes dans la prise en charge de ces maladies et sur les stratégies qui favorisent la transformation des découvertes françaises en traitements de demain.

Pourquoi faudrait-il, d’après vous, classer les cancers non plus selon l’organe d’origine, mais selon les anomalies moléculaires identifiées ?

Cette révolution est en marche depuis deux à trois décennies déjà. Pour autant, les sociétés savantes ne s’en sont pas saisies pour que les patients en bénéficient pleinement. Un hiatus persiste entre le classement actuel des cancers, qui se fonde sur l’anatomie et l’organe touché, et le besoin d’optimiser l’efficacité des traitements innovants, qui ciblent les altérations moléculaires caractérisant chaque tumeur. Ce hiatus entrave l’accès à ces traitements. Un autre défi, en lien avec le premier, sera d’améliorer la méthodologie des essais cliniques pour optimiser l’évaluation de ces nouveaux médicaments.

Pouvez-vous donner un exemple de traitement innovant auquel l’accès aurait été freiné ?

Prenons le nivolumab, un anti-PD-1. Cette immunothérapie a obtenu en 2015 une autorisation de mise sur le marché européenne dans le mélanome avancé. C’est un anticorps qui agit en favorisant l’élimination des cellules tumorales par le système immunitaire. Dès 2012, un essai a montré qu’il réduisait la masse tumorale de 49 des 236 patients testés, atteints de mélanome ou de cancers du poumon ou du rein métastatiques. Le principal facteur déterminant la réponse n’était pas l’organe d’origine mais l’abondance, à la surface des cellules tumorales, d’une molécule nommée PD-L1.

La suite logique aurait été de tester cet anticorps chez des personnes atteintes de tumeurs métastatiques portant de grandes quantités de PD-L1, quel que soit l’organe touché. Mais, faute de méthodologie statistique pertinente, il a fallu faire une série d’essais cliniques pour chaque organe. Résultat : des millions de personnes n’ont pas pu avoir accès à ce traitement. Certaines patientes atteintes de cancer du sein, par exemple, ont dû attendre de sept à dix ans.

On parle rarement des traitements locaux innovants, comme la chirurgie ou la radiothérapie…

Les médicaments innovants peuvent prolonger de plusieurs mois ou années la survie de patients jusqu’alors condamnés à court terme, dans des cancers métastatiques. Leur impact est donc très visible à l’échelle individuelle. C’est moins le cas pour les traitements locaux, administrés plus tôt, dans des cancers peu avancés. Pour autant, ils font aussi l’objet de développements technologiques avec un impact majeur en santé publique. La robotique en chirurgie en offre un exemple, ou encore la médecine régénérative, qui pourrait permettre d’enlever le maximum de tissu cancéreux, puis de reconstituer l’organe lésé. Des start-up américaines travaillent à reconstruire un os ou une vessie.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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