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« La quête d’une silhouette plus fine pousse certains à faire n’importe quoi pour se procurer de l’Ozempic »

Jean-Luc Faillie est pharmacologue et responsable du centre de pharmacovigilance au CHU de Montpellier. Il est chargé du suivi de pharmacovigilance, à l’échelle nationale, des molécules analogues du GLP-1, une hormone ayant des effets sur la régulation du glucose et de l’appétit.

Les médicaments pour maigrir suscitent toujours l’engouement. Aujourd’hui, c’est au tour de l’Ozempic, un antidiabétique détourné pour perdre du poids. Comment percevez-vous cette frénésie ?

Jean-Luc Faillie

Tout d’abord, si ce médicament est utilisé pour les obésités sévères, compliquées, ou à risque de complications, notamment cardio-vasculaires, on peut parler de détournement, mais il s’explique et peut se justifier sur le plan médical. Ce ne serait pas la première fois qu’on démontrerait qu’un produit initialement destiné à une maladie fonctionne pour une autre. Aujourd’hui, on sait que les analogues du GLP-1 [une hormone digestive naturelle] ont un effet sur le poids et qu’ils ont un bénéfice clinique chez les patients souffrant d’obésité sévère.

Selon les données de consommation de l’Assurance-maladie, environ 1,5 % des 230 000 utilisateurs d’Ozempic ne seraient pas diabétiques. Bien que cette estimation soit probablement sous-évaluée, ce phénomène reste rare en France à l’heure actuelle. Sur le terrain, on constate une demande très forte pour ce médicament avec une envie de perdre quelques kilos amplifiée par des réseaux sociaux, comme TikTok, et des influenceurs qui servent de caisse de résonance. Et cette quête d’une silhouette plus fine pousse certaines personnes à faire n’importe quoi pour se procurer le produit.

Des exemples ?

Nous avons constaté des ordonnances falsifiées ; il y aurait des sites en ligne qui proposent la vente sans ordonnance ; des faux stylos d’Ozempic contenant de l’insuline qui ont été saisis ; un membre d’une équipe de recherche a volé le produit… Un autre médicament, le Rybelsus [en comprimés], qui n’est pas commercialisé en France, a même fait l’objet de trafic depuis la Belgique. Or, quand ces médicaments sont utilisés à des fins esthétiques, le rapport bénéfice/risque est défavorable car le risque d’effets indésirables n’est pas compensé par un bénéfice clinique démontré. De plus, utiliser ces médicaments hors cadre médical peut amener à faire des erreurs susceptibles d’augmenter les effets indésirables, surtout lorsqu’il y a une hausse des doses pour maigrir rapidement. On sait, en effet, qu’il est nécessaire de débuter par de faibles doses et d’augmenter petit à petit.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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