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Rythme effréné, pression de l’audience… Épuisées, de plus en plus de stars de YouTube préfèrent arrêter les frais

DÉCRYPTAGE – Aux États-Unis comme en France, ils sont nombreux à cesser ou ralentir leur activité sur la plateforme après plusieurs années d’activité intense. Ils invoquent une course incessante pour se renouveler et surprendre leur communauté.

« On est là pour faire du divertissement ». Dans l’épisode quatre de la série-documentaire retraçant son parcours, le youtubeur Squeezie (18 millions d’abonnés sur la plateforme) est encore plus nerveux qu’à l’accoutumée. À l’image, on le voit chercher frénétiquement de nouvelles idées pour sa chaîne. Il se rend bien compte que les simples vidéos face caméra où il raconte des anecdotes, joue à un jeu vidéo ou découvre en direct des contenus insolites, ne suffisent plus. L’audience dévore ses vidéos trop vite : il faut faire mieux pour la surprendre et la contenter.

Le jeune homme imagine alors des cache-cache grandeur nature avec des invités et des jeux de plateaux où il faut trouver l’imposteur parmi trois personnes prétendant faire un même métier… Exit donc les petites vidéos dans une chambre ou un studio : Squeezie impose sur le YouTube français des formats digne de la télévision, et y investit des moyens conséquents.

Le tout à un rythme effréné, avec la publication d’au moins une vidéo par semaine. Une régularité qui, au fil du temps, fatigue son équipe. Le 22 janvier, le youtubeur, son réalisateur Théodore Bonnet et son monteur Théo Meunier, ont annoncé faire une pause de quelques mois. Ils expliquent à leurs abonnés avoir mis pendant une décennie « leur vie privée entre parenthèses ».

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Du rêve au métier dévorant

Ils sont loin d’être un cas isolé. En 2023, les youtubeurs Mcfly et Carlito prenaient la même décision, ainsi que le youtubeur Mastu. En décembre, le duo de youtubeurs auto Vilebrequin a, lui, été plus loin en annonçant mettre fin à leur chaîne.

En ce début d’année, c’est Théodort (suivie par 2,8 millions d’abonnés) qui a soudainement cessé ses activités sur YouTube et même supprimé l’ensemble du contenu de sa chaîne. À l’exception de sa vidéo d’annonce où il retrace son parcours de vidéaste. « J’ai commencé YouTube, j’avais 10 ans mec », entame le jeune homme de 22 ans.

En quelques mots, il résume l’évolution qu’a connue la plateforme alors qu’il grandissait.« J’ai commencé par faire du jeu vidéo, puis montrer ma tête, faire du podcast et de l’humour », avant de finalement rejoindre le « Loat », une entreprise réunissant plusieurs youtubeurs. « Ça filme tout le temps et on a envie de tout casser », témoigne-t-il. Mais pour réaliser son rêve, le vidéaste explique aussi ne jamais s’arrêter de travailler et avoir constamment «la tête dans le guidon».

Ce ressenti ne concerne pas que les youtubeurs français. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, plusieurs créateurs de contenus populaires, présents sur la plateforme depuis une décennie, ont aussi décidé d’arrêter leur activité. À l’instar de l’américain Matthew alias «MatPat». Très ému, ce dernier a expliqué à ses 18 millions d’abonnés prendre sa retraite de vidéaste le 9 mars prochain. Plus récemment, c’est le youtubeur spécialiste de la tech Marques Browlee, présent sur la plateforme depuis 2008, qui a évoqué dans sa dernière vidéo la perspective de sa fin de carrière.

De son côté, le britannique Tom Scott , connu pour ses vidéos éducatives sur l’histoire, la science ou la technologie, a expliqué il y a trois semaines cesser d’alimenter sa chaîne principale une fois par semaine. Le youtubeur rappelle que depuis dix ans, il n’a jamais manqué de publier sa vidéo hebdomadaire : « Maintenant, il est temps pour moi de respirer un peu», explique-t-il.

Pression de la communauté et des algorithmes

«Le monde de YouTube est devenu très pressurisant parce qu’on donne des rendez-vous à sa communauté, avec des heures et des jours précis où les vidéos sont postées», analyse Ruben Cohen, cofondateur de l’agence de talents Follow, qui accompagne plusieurs youtubeurs français populaires comme Anna RVR, Style Tonic ou Sulivan.

«Les fans sont pressés de savoir qui proposera le meilleur concept. On est dans une économie de l’attente où pour surprendre leurs abonnés, les vidéastes peuvent investir des centaines de milliers d’euros par vidéo», poursuit-il, avant de préciser : «cette demande est constante parce que leurs abonnés sont plusieurs heures par jour sur leur téléphone avec une proposition de contenus démentielle, que ce soit sur YouTube ou TikTok».

Pour épater leur audience, les youtubeurs vont donc toujours plus loin. Par exemple, le youtubeur Inoxtag en France a pour projet d’escalader l’Everest et de retracer son aventure en vidéo. Tandis que son confrère le plus suivi de la plateforme, l’américain MrBeast, enchaîne les défis dangereux pour impressionner ses 213 millions d’adeptes.

En 2024, le youtubeur Inoxtag a pour projet d’escalader l’Everest.
Capture d’écran Figaro

Cette peur de ne pas satisfaire sa communauté est évoquée chez tous ces youtubeurs populaires. « Des fois, vous n’en aviez rien à foutre », admet franchement Theodort à ses abonnés, en évoquant dans sa dernière vidéo les concepts qui n’ont pas rencontré de succès sur sa chaîne.

« Ce qui a souvent été sous-estimé, c’est que youtubeur c’est un métier à risque. Mentalement, il faut être accompagné pour gérer ce rendez-vous quotidien avec l’audience», constate Ruben Cohen. «Par exemple, pour un créateur prendre deux semaines de vacances ça n’est pratiquement pas possible. Quoiqu’il arrive il ressentira le besoin de le partager avec ses abonnés.»

Un centre de prévention pour les youtubeurs

Pour y remédier, l’agence dédie une équipe pour les accompagner dans la gestion des commentaires haineux ou les soutenir devant pression des statistiques. Ce dernier point est en effet crucial. Car la peur de décevoir une audience durement gagnée est entretenue par le redoutable outil de la plateforme : YouTube Analytics, qui permet aux vidéastes de découvrir les performances de leurs vidéos en temps réel. «Tu deviens addict à la reconnaissance, tu aimes que les flèches pointent vers le haut. C’est frénétique et en plus, c’est très précis. C’est la bourse quoi», témoignait mi-janvier Squeezie au magazine Society, à propos de l’usage de cet outil.

« Nous avons pris en compte les retours des youtubeurs et fait plusieurs ajustements», défend toutefois Charles Savreux, responsable de la communication de YouTube en France. «Par exemple, les créateurs qui le souhaitent peuvent demander à recevoir des récapitulatifs hebdomadaires des statistiques de leurs vidéos, pour éviter d’être accroché à l’outil chaque minute», décrit-il.

La plateforme entend même prévenir ses créateurs du burn-out. Elle a ainsi lancé un «Centre de prévention» en anglais il y a deux ans et en français il y a un an. Il est destiné à aider les vidéastes à se prémunir des comportements indésirables des internautes et à trouver des ressources utiles pour protéger leur santé mentale. « C’est une façon pour nous de faire de la pédagogie et de leur rappeler, par exemple, que le budget alloué à chaque production n’est pas connu de l’algorithme», détaille Charles Savreux. «Ou encore, que ça n’est pas parce qu’ils font une pause sur leur chaîne, que leurs vidéos ne seront plus recommandées par YouTube».

Néanmoins, l’évolution rapide de la plateforme en a déjà découragé plus d’un. En France, plusieurs vidéastes de la décennie 2010 ont déjà arrêté leur activité sur la YouTube : comme le youtubeur humour Jigmé, aujourd’hui reconverti dans l’agroforesterie ou le youtubeur Antoine Daniel, qui préfère désormais proposer du contenu sur la plateforme de vidéos en direct, Twitch.

Parmi les premiers youtubeurs à avoir disparu soudainement, il y a aussi Diablo X9. Connu à l’époque pour son contenu dédié au jeu vidéo, ce dernier a pour la première fois refait une brève intervention sur internet il y a quelques mois, expliquant avoir fait un burn-out à l’époque où il était au pic de sa chaîne YouTube.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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