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« Sons », de Gustav Möller : entre le prisonnier et sa gardienne, un face-à-face retors

L’AVIS DU « MONDE  » – À VOIR

En deux longs-métrages, le réalisateur suédois Gustav Möller a réussi à inscrire une nouvelle signature dans l’univers du polar nordique. Territoire qu’il investit à partir de huis clos dans lesquels, seuls, les personnages, leur langage corporel, l’expression de leur visage donnent accès au hors-champ. Son premier film, sorti en 2018, The Guilty (sélectionné aux Oscars, récompensé de plusieurs prix dont celui du public au festival du film de Sundance), poussait le procédé de manière radicale, vissant le spectateur au standard d’un commissariat, aux côtés d’un policier chargé de répondre aux urgences routinières, soudain surpris par un appel plus préoccupant que les autres. Celui d’une femme qui prétendait avoir été victime d’un enlèvement et demandait de l’aide. Mission dont se chargeait le policier, en menant son enquête à partir seulement des voix et ses sons qu’il percevait à l’autre bout du fil.

Dans Sons, le commissariat cède la place à une prison. Couloirs, cellules, vestiaires du personnel, salle de yoga et cour de promenade pourraient donner l’illusion d’un champ plus large. Idée rapidement démentie par la mise en scène qui s’évertue au contraire à resserrer le cadre (choix du format 4/3), brouillant ainsi la géographie du lieu, créant un labyrinthe dont l’issue se dérobe à chaque changement de point de vue. Gustav Möller poursuit donc la démarche entreprise dans son premier film : Eva (Sidse Babett Knudsen), le personnage central de Sons ne quitte pas son poste, clouée à cet espace concentrationnaire, réel, où elle travaille ; et à celui, plus intime, qui la rend prisonnière d’une vieille souffrance dont on découvrira progressivement l’origine et les ressorts.

Gardienne d’une prison au Danemark, Eva manifeste une bienveillance peu commune à l’égard des détenus dont elle s’applique à améliorer le quotidien le mieux qu’elle peut. Au détour d’un transfert, cependant, son comportement laisse paraître des signes de nervosité. Au Central, quartier de haute sécurité, vient d’être écroué un jeune homme d’une vingtaine d’années, Mikkel (Sebastian Bull), accusé dans un autre établissement du meurtre d’un de ses précédents codétenus. Eva demande à rejoindre cette unité plus dangereuse que les autres. L’initiative suffit à faire comprendre qu’un lien l’unit au nouvel arrivant.

Ambiguïté

Bien que le film n’en fasse pas longtemps mystère, nous ne divulguerons pas la nature de ce lien. En revanche, nous préciserons qu’elle détermine et engage un propos dont le scénario tire matière à suspense. Le rapprochement entre Eva et Mikkel confronte chacun à son passé, interroge la part de responsabilité qui les a conduits au moment et à l’endroit présents.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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