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Paris 2024 : dans le Calvados, l’espoir d’un « coup d’accélérateur » pour l’attractivité avec l’accueil de délégations sportives étrangères

Sous un bon décimètre de neige, tombée dans la nuit, difficile d’apercevoir la piste d’athlétisme en construction. Il n’est pas évident non plus d’imaginer que les meilleurs athlètes chinois la fouleront dans six mois. Pourtant, dans quelques jours, Deauville annoncera officiellement leur venue sur ses terres, avant et pendant les Jeux olympiques (JO) de Paris 2024.

La station balnéaire de la Côte fleurie ne sera pas la seule ville du Calvados à bénéficier d’un « effet JO » en accueillant une ou plusieurs délégations sportives étrangères. A cinquante kilomètres de là, à Caen, l’odeur des Jeux commence également à se faire sentir. Tout comme à Bayeux.

Après l’accueil du relais de la flamme, en mai, les Caennais vivront au rythme olympique au mois de juillet en recevant une partie des équipes chinoises (volleyball féminin), canadiennes (natation olympique et nage en eau libre) ainsi que de l’équipe olympique des réfugiés (nageurs et rameurs). Cette dernière, créée en 2016 lors des Jeux de Rio et constituée sous l’égide du Comité international olympique (CIO), sera toutefois pour une large part installée à Bayeux pour la période préolympique.

Deauville et Bayeux ont en l’occurrence demandé au chef-lieu du Calvados de se joindre à lui pour l’accueil des équipes chinoises et de réfugiés. Pour maximiser leurs chances d’attirer des comités olympiques étrangers, les différentes villes du Calvados labellisées « Terres de Jeux » s’étaient unies pour présenter des candidatures communes. « Un vrai travail d’équipe », souligne Aristide Olivier, adjoint au maire de Caen chargé des sports, dans son bureau marqué par la présence d’une immense peluche Phryge, la mascotte officielle des Jeux.

Aristide Olivier, adjoint au maire chargé des sports à la mairie de Caen (Calvados), le 29 janvier 2024. A droite, la mascotte des Jeux olympiques dans son bureau.

Cinq visites des officiels chinois

Il fallait bien cela. Comme Caen, Deauville et Bayeux, plus de 900 collectivités au plan national ont obtenu, pour leurs installations sportives et d’accueil associées (hébergement, restauration), le label « Centres de préparation aux Jeux » (CPJ) délivré par le comité d’organisation de Paris 2024. Avec l’espoir d’en faire des lieux d’entraînement et une base arrière pour les délégations sportives du monde entier, et de dynamiser leur territoire.

L’espoir, car être référencé CPJ ne garantit pas la venue de ces délégations : ce sont les comités nationaux et les fédérations qui choisissent où s’installer. Il faut réussir à les convaincre. Pas simple ! D’ailleurs, nombre de municipalités n’ont toujours pas trouvé preneur – certaines ayant investi au passage pour rénover des sites. Lors des Jeux de Londres, en 2012, seuls 15 % à 20 % des CPJ avaient accueilli des délégations.

Pour Caen, le « succès » tient principalement à « la proximité avec Paris et au fait de l’avoir joué collectif avec tout le département », avance M. Olivier. « Les équipements déjà presque tous existants, l’environnement paisible et la sécurité dans la ville sont les trois arguments principaux qui ont fait pencher la balance », considère pour sa part Philippe Augier, le maire (Horizons) de Deauville.

Pour autant, même si la station est réputée à l’international, notamment pour son Festival du cinéma américain, décrocher l’accord d’une délégation n’a pas été simple. « Nous sommes entrés en contact avec les Chinois au début de l’année 2022 par l’intermédiaire d’une agence d’événementiel privée. Depuis, nous avons eu cinq visites, avec des officiels dont on ne connaît pas toujours le rôle exact », retrace M. Augier.

Le palais des sports Caen-la-Mer a été inauguré en septembre 2023. Il accueillera la délégation féminine chinoise de volley-ball pour ses entraînements avant les compétitions des Jeux olympiques de Paris 2024. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024. Le palais des sports Caen-la-Mer a été inauguré en septembre 2023. Il accueillera la délégation féminine chinoise de volley-ball pour ses entraînements avant les compétitions des Jeux olympiques de Paris 2024. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024.
A gauche, à l’accueil du palais des sports Caen-la-Mer. A droite, le plancher amovible entreposé dans un coin du palais des sports. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024. A gauche, à l’accueil du palais des sports Caen-la-Mer. A droite, le plancher amovible entreposé dans un coin du palais des sports. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024.
Vue générale du palais des sports Caen-la-Mer, à Caen (Calvados), le 29 janvier 2024. Vue générale du palais des sports Caen-la-Mer, à Caen (Calvados), le 29 janvier 2024.

Mesure de la profondeur de la piscine, prise de contacts avec des restaurants chinois dans la ville… Lors des visites, entraîneurs et techniciens de l’empire du Milieu ont veillé aux moindres détails pour que leurs sportifs puissent se préparer dans les meilleures conditions.

« Certaines délégations demandaient un chèque pour venir »

Le « Petit Poucet » bayeusain (13 000 habitants), lui, avait un préalable : il voulait participer à la fête olympique sans dépenser trop. « Certaines délégations demandaient un chèque pour venir. Pour des raisons de budget, cela nous était impossible », exposent Arnaud Tanquerel et Martin Burger, tous deux en charge du projet JO dans la ville.

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Bayeux a finalement été choisie par le CIO parmi des dizaines de candidatures pour accueillir l’équipe des réfugiés. « On a trouvé un accord raisonnable avec le CIO sur cette délégation qui a beaucoup de sens pour nous, donc nous sommes ravis », expliquent les deux hommes.

En baissant le prix des chambres d’hôtels, en mettant à disposition leurs partenaires privés ou en prêtant gratuitement des équipements sportifs, la mairie ne s’attend pas à une rentrée d’argent importante, « au contraire ». Mais elle se doute « qu’en matière d’image et de notoriété, cela devrait être très positif ». Bien que le nombre d’athlètes réfugiés ne soit pas encore connu cette année – ils étaient dix à Rio en 2016 puis vingt-neuf à Tokyo, en 2021 –, Bayeux se prépare à accueillir « l’une des délégations les plus médiatisées des Jeux ».

A Deauville, l’équation est un peu différente : les Chinois vont apporter 400 000 euros pour que la ville effectue des travaux – là où, habituellement, les travaux sont à la charge de la commune. Il s’agira notamment de remplacer l’eau de mer de la piscine par de l’eau douce pendant leur venue et de procéder à de petits travaux de rénovation.

« Cela pourrait ramener de nouveaux touristes »

Mais ici aussi, au-delà de ce support financier, le maire ne cache pas qu’il escompte « un sacré coup d’accélérateur pour la notoriété » de Deauville du fait de la présence de la délégation chinoise. « Après leurs entraînements, les sportifs vont se balader dans nos rues, vont mettre des photos sur les réseaux sociaux… Cela pourrait ramener de nouveaux touristes ! », anticipe M. Augier.

Du côté de Caen, l’attente au plan économique est moins forte. Moins qu’avec la présence d’athlètes sur son sol, c’est sur l’afflux de touristes pour le 80e anniversaire du Débarquement, en juin, que la ville mise pour engranger des recettes. La mairie espère plutôt des heures olympiques qu’elles « incitent les Caennais à faire encore plus de sport et que les locaux puissent en profiter concrètement ».

A ce titre, des rencontres entre habitants et sportifs sont programmées. Les nageurs du club de Caen devraient aussi pouvoir s’entraîner un après-midi sous les ordres des entraîneurs canadiens. Flavie Renouard se réjouit quant à elle d’avance à l’idée « de partager la piste [d’athlétisme] avec des athlètes étrangers pendant quelques jours ». La jeune caennaise de 23 ans est quasiment assurée de disputer les JO en 3 000 mètres steeple après avoir réalisé les minima.

Le stade nautique Eugène-Maës, qui accueillera les équipes canadiennes de natation pour leurs entraînements avant les compétitions des Jeux olympiques de Paris 2024. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024. Le stade nautique Eugène-Maës, qui accueillera les équipes canadiennes de natation pour leurs entraînements avant les compétitions des Jeux olympiques de Paris 2024. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024.
Le stade Hélitas. Il devrait accueillir l’équipe d’athlétisme des réfugiés pour leurs entraînements avant les compétitions des Jeux olympiques de Paris 2024. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024. Le stade Hélitas. Il devrait accueillir l’équipe d’athlétisme des réfugiés pour leurs entraînements avant les compétitions des Jeux olympiques de Paris 2024. A Caen (Calvados), le 29 janvier 2024.

Bayeux souhaiterait aussi organiser des moments d’échanges entre ses sportifs et les athlètes réfugiés, mais la sécurité renforcée autour de la délégation rend la démarche complexe. Il sera plus évident pour le CIO et Bayeux d’organiser ce séjour quand la liste officielle des réfugiés qualifiés pour les Jeux sera connue. Pour eux, comme pour les autres, il reste désormais moins de six mois pour décrocher le précieux sésame pour Paris 2024.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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